Spécificités nutritionnelles liées à l'effort physique
Le travail intense et la compétition sont chez le chien, comme chez l'homme ou le cheval, inducteurs d'une dépense énergétique spécifique ainsi que d'un stress à la fois organique et psychologique.
Mais, chez cette espèce se rajoute, contrairement aux autres, la notion de format, de taille du chien, qui elle-même génère des spécificités nutritionnelles que l'aliment final doit prendre en compte.
Il en ressort que l'adaptation nutritionnelle est nécessaire et se doit de prendre en compte le besoin énergétique quantitatif et qualitatif lié au travail musculaire, mais également les modifications du besoin nutritionnel engendré par le format et l'état de stress de l'animal. Globalement, un aliment adapté à un chien de sport ou de travail devra :
- fournir une énergie de qualité optimale en quantités adéquates,
- minimiser autant que faire se peut le volume et le poids du bolus intestinal (aliments hyperdigestibles et hyperconcentrés),
- aider à maintenir un état d'hydratation convenable de l'animal,
- prendre en compte le format corporel du chien,
- avoir un possible effet tampon sur l'acidification métabolique éventuellement induite par le travail,
- contribuer à optimiser le résultat d'autres actions ergogènes (entraînement…),
- combler les vides physiologiques induits par le stress,
- être un véritable élément préventif des affections gastro-intestinales liées à l'effort.
Il se devra également de respecter les spécificités de format de l'animal selon une approche « mini », « médium », « maxi » maintenant bien travaillée scientifiquement.
Modifications quantitatives du besoin énergétique
Le besoin énergétique quotidien d'un chien qui travaille est certes augmenté par rapport à celui correspondant au simple entretien du même chien, mais il dépend de nombreuses variables.
Un certain nombre de données ont permis de préciser cette approche dans les cas très différents du Lévrier de course et du chien de traîneau.
Ainsi, chez le Greyhund, l'estimation du strict besoin énergétique généré par une seule course de moins de 30 secondes est possible via le calcul de cette dette d'oxygène contractée, et conduit à un résultat d'environ 75 kcal.
Une autre simulation empruntée à l'homme, montre que pour un effort donné, la dépense énergétique liée au mouvement est indépendante de la vitesse pour les forces non aérodynamiques, et dépendante du carré de la vitesse pour la résistance de l'air ; elle incluse l'énergie nécessaire à l'accélération initiale, qui fait passer le corps du chien d'une vitesse initiale nulle à sa vitesse de course. Un Greyhund participant à une course de 480 mètres à une vitesse de 17 mètres par seconde admet, dans ce modèle, une dépense énergétique d'environ 70 kcal, ce qui révèle très proche de ce que nous avions par ailleurs évalué et représente environ 4% de besoin énergétique d'entretien.
Mais à cette approche théorique, il convient d'adjoindre d'autres facteurs qui vont affecter le besoin énergétique de l'animal :
- le nombre de courses sur une journée, si une course représente 4 à 5 % du besoin énergétique d'entretien (approximativement 1800 kcal pour un chien de 30 kilogrammes sur une base de 132 kcal EM/kg 0.75), deux voir trois courses quotidiennes (cas des courses U.I.C.L.), associées à la mise en boite de départ, vont bien évidemment augmenter le besoin énergétique.
- Les conditions climatiques, un abaissement de la température ambiante de 15°C à 8°C induit une augmentation de 25% de besoin en énergie métabolisable chez le chien. En climat chaud, les stocks de glycogène apparaissent plus rapidement déprimés dans l'organisme au travail, ce qui s'explique par le coût énergétique important de la thermorégulation.
Ainsi, pour un même chien et un même effort (Greyhund de course), le besoin énergétique va se situer dans une fourchette de 150 à 190 kcal par kilogramme de poids métabolique (poids 0.75).
Le chien de traîneau se différencie nettement des autres races de chien car son besoin est plus faible à poids égal, en particulier pour la race Siberian Husky (de 10 à 110 kcal d'énergie métabolisable par kg0,75). Cela s'explique par un meilleur rendement métabolique de l'énergie, par des frais de thermorégulation réduits par l'isolation liée au pelage, et par une température corporelle légèrement inférieure aux normes en cette race.
Chez ces chiens, les recherches scientifiques ont été notablement plus poussées, compte tenu de leur valeur de modèle irréfutable de l'effort d'endurance extrême. C'est ainsi que l'utilisation d'eau doublement marquée (dentérium et tritium) a permis de parfaitement déterminer le besoin énergétique quotidien de chiens de traîneau dans diverses situations de course : sur une journée de course de type Iditarod (environ 200 kilomètres parcourus à une température de 35°C), ce chiffre dépasse 11000 kcal (environ dix fois le besoin quotidien du chien !). En situation d'entraînement ou de course, le besoin va évoluer avec le type d'effort, la longueur de celui-ci et la température extérieure, comme le résume le tableau suivant.
Concernant les autres chiens, de manière schématique, une heure de travail conduit à une augmentation d'environ 10% de besoin énergétique de base, ce qui peut amener à accroître l'ingéré énergétique de 40 à 50 % pour une « journée » de travail ou de sport.
En effet, la grande majorité des sports canins se situe entre les deux extrêmes que sont le lévrier de course et le chien de traîneau. L'agility, par exemple, se rapproche de l'effort bref du Lévrier : de 30 à 60 secondes de course et d'obstacles sur une distance de 100 à 200 mètres, répétés cinq ou six fois dans la même journée. Le ring, en revanche, se présente comme une succession d'exercices tout aussi brefs, mais s'enchaînant à un rythme plus soutenu dans un laps de temps plus long. Chez ces autres chiens, les variations de la température extérieure semblent avoir un impact plus important sur le besoin énergétique que dans le cas du chien de traîneau, pour qui la « zone de neutralité thermique »apparaît notablement plus large.
Notion de « qualité de l'énergie »
La qualité de l'énergie fournie au chien durant l'effort revêt une importance primordiale, et de ce fait conduit à définir les critères d'une énergie optimale pour le chien de sport ou de travail.
Outre la nature même des nutriments valorisés, deux préoccupations qualitatives peuvent être retenues :
1. L'énergie doit être rapidement et facilement disponible sur les lieux de son utilisation (cellule musculaire).
2. La combustion de l'énergie doit se réaliser avec un minimum de déchets, un maximum d'efficacité, et sans risque de blocage métabolique.
Disponibilité de l'énergie
Pour parvenir à son site final d'utilisation, l'énergie doit avant tout être digérée puis métabolisée. Il est donc important, aux fins de bonne compréhension des recommandations édictées, d'envisager brièvement le comportement, face aux modifications de la motilité digestives et aux adaptations physiologiques rencontrées chez le chien de sport, des familles de nutriments pourvoyeuses d'énergie : lipides (9 kcal EM/g) ; extractif non azoté (4 kcal EM/g), et protéines (4 kcal EM/g), les valeurs étant données pour des aliments secs « premium » à haute digestibilité.
La prise en compte de l'accélération du transit digestif induite par l'effort apparaît nécessaire à une bonne valorisation de l'énergie alimentaire.
Le temps de transit gastrique doit tout d'abord être optimisé ; trop court, il prédispose aux phénomènes diarrhéiques induit par une mauvaise prédigestion des protéines et accentués par le stress ; trop long, il peut induire une stase gastrique susceptible de favoriser vomissements et surtout torsion de l'estomac. Sans que l'on dispose encore d'une étude réelle scientifique du problème, l'expérience montre que, à ce niveau, la présentation physique de l'aliment fourni est en cause, les résultats étant obtenus chez le chien de sport avec des aliments secs extrudés légèrement réhydratés une demi-heure avant le repas. On cherchera à ce stade des croquettes se « tenant » après réhydratation, c'est-à-dire conservant leur forme initiale sans former une réelle soupe.
La digestibilité des sources alimentaires est également à envisager ; en effet, face à une vitesse de transit accrue, les temps d'attaque enzymatique digestive sont restreints.
Concernant les amidons (partie prépondérante de l'extractif non azoté), la digestion reste souvent plafonnée compte tenu d'une activité amylasique parfois médiocre chez le chien, en particulier chez des races de travail comme le Berger allemand ou les chiens nordiques. Dans l'intestin, la rapidité d'attaque des amidons par l'amylase dépend tout d'abord de l'origine botanique de ces derniers. Les traitements physico-chimiques imposés à l'aliment peuvent détruire certaines liaisons, augmentant ainsi la surface exposée à l'attaque amylasique ; on peut ainsi (cas de l'amidon bouilli) augmenter jusqu'à cent fois l'efficacité de la digestion amylasique. La dextrinisation se réfère, quant à elle, à un traitement thermique sec qui permet de réduire les amyloses et amylopectines en des molécules à courtes chaînes appelées dextrines. Ce terme ne convient d'ailleurs pas parfaitement aux amidons utilisés en alimentation des carnivores domestiques (qui sont bouillis ou extrudés) dans la mesure où les traitements imposés à ces derniers n'altèrent que leur structure physique. Il est essentiel chez le chien de sport que les sources d'amidons utilisées soient hyperdigestibles.

Or une augmentation, même faible, du volume ingéré, se traduit par une digestibilité abaissée, et des fèces plus humides pouvant conduire au ramollissement. De plus, la digestion glucidique peut modifier l'absorption d'autres constituants de la ration, comme les protéines, certains électrolytes et l'eau. Une faible digestibilité de l'amidon réduit les digestibilités précoecales et totales des protéines chez le chien et, dans le même temps, on observe une forte diminution de l'absorption du sodium et du potassium. Enfin, élément très négatif chez le chien de sport, le turn-over hydrique intestinal est également modifié par l'ingestion de glucides faiblement digestibles.
Le chien peut digérer de grandes quantités de protéines, particulièrement d'origine animale (les protéines d'origine végétale ne posent en fait de problèmes - sauf exceptions : facteurs antitrypsiques - que par les glucides qui y sont associés). Relativement rares chez le chien tout venant, les problèmes digestifs posés par les apports protéiques peuvent prendre plus d'ampleur chez le chien de sport. Ainsi, la consommation de protides résistants aux protéases pancréatiques mais biodégradables (scléroprotéines des plumes, collagène des tendons et des mamelles, œufs insuffisamment cuits …) peut conduire à des dysmicrobismes intestinaux compromettant la digestibilité globale de la ration, augmentant le volume fécal et contribuant fortement à l'émergence de diarrhées.
Notons dès maintenant au plan qualitatif que deux catégories d'acides gras présentent un intérêt à l'échelon digestif chez le chien de sport :
- les acides gras à chaînes courtes ou moyennes (graisses de coco, coprah, palmiste…) dont la digestion s'avère encore facilitée par le fait qu'elle se fait passivement et sans l'intervention des sels biliaires ;
- les acides gras essentiels de la série Oméga 3 (essentiellement des huiles de poisson purifiées) qui, de par leurs vertus anti-inflammatoires locales, contribuent à conserver l'intégrité de la muqueuse intestinale ; en effet, lorsque le bol alimentaire est trop important ou trop riches en fibres, cette muqueuse peut subir des micro-érosions traumatiques chez le chien de sport.
Pour rendre l'énergie facilement disponible et rapidement utilisable par l'organisme à l'effort, il apparaît donc indispensable de se tourner vers des aliments hyperdigestibles, d'encombrements alimentaire et fécal faibles, en prenant en compte dans leur élaboration les éléments évoqués. Cela peut d'ailleurs s'apprécier de manière simple en comparant le volume fécal au volume ingéré, l'optimum se situant chez le chien de sport à 40-50 grammes de fèces pour 100 grammes de matière sèches ingérés. Difficile à obtenir en ration ménagère, cet objectif n'est encore que trop rarement atteint dans le cas des aliments industriels.
Dans ce contexte de mise à disposition d'énergie aux cellules musculaires, la commande hormonale du métabolisme énergétique lors de l'exercice physique doit être envisagée. En effet, les facteurs hormonaux jouent un rôle déterminant dans la mobilisation et l'utilisation des divers substrats énergétiques.
Schématiquement, ceux-ci agissent soit au niveau d'un récepteur membranaire, en stimulant la production d'un second messager hormonal, soit en traversant la membrane pour se lier à un récepteur cytosolique. Le premier mode d'action est une modification de l'activité de certaines réactions enzymatiques ou autres, et il s'agit là d'un processus à court terme, alors que le second augmente la quantité du matériel enzymatique et n'a d'effets qu'à plus long terme.
L'ensemble des messages hormonaux se trouve sollicité au cours de l'exercice physique, l'amplitude des variations dépendant de deux facteurs : l'intensité et la durée. Nous en retiendrons que, lors de l'effort, la baisse de l'insulinémie, l'élévation du glucagon et des catécholamines, sont autant de facteurs capables d'augmenter la production et l'utilisation des réserves glucidiques, la mobilisation des réserves lipidiques adipocytaires n'étant sous la dépendance que de l'élévation des cathécholamines plasmiques et de la baisse de l'insulinémie.
Sur le plan métabolique, la valorisation du concept d'énergie optimale passe par la prise en compte de ces données adaptatives endocriniennes et enzymatiques. Ainsi, la fourniture excessive de glucides non membranaires (amidons et sucres) peut, chez le chien de sport, exacerber un surcroît de stockage glycogénique privilégiant à l'effort l'anaérobiose lactique avec production excessive de lactates. Sur un autre plan, la distribution au chien de sucres rapides avant un entraînement ou une compétition va être de nature, par réaction hyperinsulinique en retour, à induire une hypoglycémie secondaire marquée en début d'effort.
Lors d'efforts longs, l'apport énergétique alimentaire sera majoritairement assuré par les matières grasses. Mais les adaptations hormonales et enzymatiques évoquées rendent nécessaire la progressivité d'incorporation de celles-ci en proportion croissante dans la ration. Dans ces conditions, tout en réduisant le volume de la ration journalière et en limitant l'impact des diarrhées de stress, des taux élevés de matières grasses permettent d'améliorer sensiblement la performance sportive du chien travaillant en endurance.

Facteurs de variations du rendement énergétique
L'énergie apportée au chien doit qualitativement s'adapter à l'objectif physiologique recherché et au type de métabolisme énergétique en cause. Cela étant, l'accumulation de déchets métabolisables ou certains risques de blocages métaboliques peuvent réduire notablement le rendement énergétique musculaire.
Ainsi, l'accumulation trop importante de lactates dans le sang peut entraver la lipolyse tissulaire, et de ce fait réduire l'efficacité du métabolisme aérobie, tandis que la libération de protons qui en découle induit une chute de pH intramusculaire entravant l'ensemble des réactions énergétiques. L'accumulation de potassium extracellulaire pourrait accroître encore ces phénomènes. De même, l'hypercatabolisme azoté d'effort peut exagérer la libération d'ammoniac et augmenter la fatigue musculaire.
L'adaptation des apports qualitatifs en énergie doit donc permettre de pallier ces risques, cela d'autant plus que certains nutriments ergogènes vont quant à eux permettre d'améliorer le rendement énergétique musculaire (voir chapitre spécifique).
Impact nutritionnel du stress
Si la notion de stress telle que définie par Selye est vaste, il est certain que le chien de sport subit, au même titre que tout sportif, un stress à la fois organique (entraînement, compétition…) et physiologique (transport, environnement psychologique, spectateurs, température, bruit…).
Tout comme la stricte dépense énergétique induite par l'effort, cela contribue à modifier le besoin nutritionnel de l'animal. Certains auteurs contemporains voudraient étendre le concept de stress de manière à y inclure plus que la réponse centrale de l'organisme. La réponse centrale catécholaminergétique correspond de manière caractéristique aux perturbations émotionnelle diverse, et elle peut-être diminuée par la réduction ou l'élimination de la composante émotionnelle de toute situation stressante. De fait, l'importance relative de la composante centrale du stress va donc diminuer dès lors qu'une même situation se répète, ce qui dans notre cas peut s'assimiler à l'une des conséquences non négligeables d'un entraînement bien conduit.

Stress et protéines
Le stress d'effort modifie la régulation de la synthèse et de l'activité de la sérotonine cérébrale (5 hydroxytryptamine ou 5 H.T.). Ce neurotransmetteur participe à la régulation de nombreuses fonctions physiologiques (ingestion, sommeil, pression sanguine, métabolisme énergétique, etc.) et admet comme précurseur le tryptophane.

Des nombreuses études menées chez le chien de traîneau, il ressort que le stress est responsable de l'émergence de processus anémiques parfois sévères, dont la prévention passe par un apport protéique alimentaire minimal correspondant au moins à 30 à 35% de l'énergie métabolisable de la ration, sous forme de protéines de bonne qualité.
Corrélativement à la concentration énergétique de la ration, la teneur protéique devra dons chez le chien de sport se situer au dessus de 35% par rapport à la matière sèche. Le stress correspond chez le chien à un resserrement de la fourchette de besoin protéique, pourtant très large à l'entretien.
Le stress oxydatif membranaire et ses conséquences
Notion de stress oxydatif cellulaire
Au cours du métabolisme cellulaire, les réactions biochimiques dans lesquelles se trouve impliqué l'oxygène génèrent en permanence des composés toxiques, dénommés radicaux libres. L'oxygène stable (O2) peut ainsi donner naissance à des composés actifs comme l'oxygène singlet (‘O2), le radical libre superoxyde (O2°), voire beaucoup^plus réactifs comme le radical hydroxyl OH°. Les recherches conduites durant ces dernières années ont clairement démontré que ces radicaux libres étaient impliqués dans les mécanismes inflammatoires en particulier durant l'effort.
Ces composés peuvent donc initier des réactions radiculaires auto-amplifiées qui, dès lors qu'elles débordent les capacités réactives des systèmes antioxydants de l'organisme, provoquent de nombreuses oxydations moléculaires touchant en particulier les lipides insaturés membranaires ; il apparaît même qu'il puisse se former sous une simple influence mécanique de type compression articulaire ou traumatique.
La péroxydation des acides gras poly-insaturés des phospholipides membranaires fragilise leur chaîne carbonée, qui finit par se casser. La fluidité et la résistance membranaires vont dès lors diminuer, occasionnant des modifications des échanges transmembranaires qui s'ajoutent à celles générées par le processus hypoxique d'altitude dans le cas qui nous intéresse. De ces destructions vont naître des produits terminaux qui seront ensuite éliminés (Aldéhyde dimalonique par voie urinaire, et pentanes essentiellement éthane par voie respiratoire). Les hydropéroxydes formés sont libérés quant à eux dans le milieu cytoplasmique, disponible pour la formation de nouveaux radicaux libres. Ces derniers vont alors, en sus des modifications structurales cellulaires induites, dénaturer certaines protéines et conduire à une chute des activités enzymatiques cytosoliques. Ce processus participerait d'ailleurs à l'apparition de la fatigue musculaire durant l'effort.
Pour ce qui nous intéresse, nous retiendrons que la péroxydation des lipides membranaires conduit à une moindre fluidité-déformabilité des cellules, à l'incapacité pour celles-ci de maintenir leurs gradients ioniques, à un gonflement cellulaire global et au développement d'un processus inflammatoire tissulaire.
Effets lies à l'exercice physique
L'effort, même modéré, est générateur de radicaux libres dans le muscle, eux-mêmes inducteurs de péroxydation des acides gras poly-insaturés membranaires. Bien qu'encore relativement méconnu dans ses mécanismes intimes, ce stress oxydatif d'effort semble mieux toléré par les sujets entraînés dès lors que son intensité demeure modérée ; cet effort protecteur de l'entraînement pourrait passer par une réduction des quantités disponibles en fer, de nombreuses études récentes ayant par ailleurs corrélé les teneurs en fer libre à la biochimie des radicaux libres lors de multiples processus pathologiques : le fer libre apparaît capable de se diffuser sous l'effet du stress d'effort dans les membranes, et d'y interagir avec l'acide ascorbique te les groupements thiols pour initier la lipopéroxydation. L'entraînement de type endurance, enfin, augmente de manière significative (50 à 70%) les concentrations en enzymes antioxydantes (glutathion-péroxydase et reductase, glucose 6 phosphate déshydrogénase, catalase) dans les muscles cardiaques et squelettiques.
Approche nutritionnelle des phénomènes de péroxydation membranaire
L'implication du stress oxydatif, correspondant à l'apparition d'espèces oxygénées réactives provoquant une dégradation des divers composants cellulaires, apparaît, nous l'avons clairement établi, dans le cas d'un exercice physique interne.
Cela étant, l'organisme dispose de moyens de défense face à cette production de radicaux libres et peut soit lutter contre ceux-ci, soit réparer les dommages tissulaires induits. Ce système de défense antioxydant est constitué :
- d'enzymes, avec en premier lieu la superoxyde dismutase, la glutathion peroxydase et la catalase, mais également d'autres structures enzymatiques secondaires comme la glutathion réductase, la glucase 6, phosphate deshydrogénase et la glutathion S transférase ;
- de nutriments antioxydants qui agissent en destructeurs de radicaux libres produits, les plus connus étant les vitamines E et C, le bétacarotène et le sélénium ;
- d'antioxydants secondaires actifs in vivo, tels les urates, la xanthine déshydrogénase et l'ubiquinone ou les fameux polyphénols du vin de Bordeaux…
La vitamine E
L'alpha-tocophérol (vitamine E) constitue sans nul doute le plus important des destructeurs de radicaux libres membranaires et lipoprotidiques, inhibant la lipopéroxydation par rupture des chaînes des radicaux peroxydes ou par capture des singlets oxygène. De nombreuses études consacrées à la carence en vitamine E chez l'animal ont clairement démontré que celle-ci augmentait grandement la sensibilité de la cellule aux processus de lipopéroxydation.
Par ailleurs, la déficience vitaminique E est responsable d'une nette altération de la performance physique, en particulier des capacités d'endurance chez l'animal, que celui-ci soit entraîné ou non. L'entraînement d'endurance est d'ailleurs responsable d'une chute notable des niveaux vitaminiques E musculaires.
De moins nombreuses études existent concernant les effets d'une supplémentation vitaminique E sue les conséquences du stress oxydatif d'effort.
En collaboration avec le centre de recherches Royal Canin, l'U.M.E.S. a conduit, depuis 1996, plusieurs expérimentations scientifiques de terrain (expédition Chien de Cime-Licancabur et essais conduits en Alaska et dans le Wyoming sur l'attelage de chiens de traîneau du français Jacques Philip) visant à préciser l'intérêt préventif et les doses efficaces de vitamine E apportées dans l'aliment. Il en ressort qu'un apport de 400 UI (mg) par kilogramme d'aliment consommé représente une teneur optimale dans la plupart des cas pour le chien de sport ou de travail.
La vitamine C
L'acide ascorbique est l'antioxydant hydrosoluble le plus abondant, et se révèle capable de détruire de nombreux radicaux libres, tels les radicaux peroxydés, les thiols, les hydroxyls, les superoxydes et l'oxygène singlet. Il intervient également directement pour régénérer la vitamine E dans la cellule. Mais en présence de métaux de transition (fer, cuivre) sous forme libre, la vitamine C agit comme un pro-oxydant, ce qui ne peut se produire en conditions normales dès lors que les ions sont chélatés, comme par exemple par la ferritine ou la transferrine.
Bien que ne constituant pas une vitamine chez le chien, ce dernier synthétisant l'acide ascorbique, l'utilité d'une supplémentation vitaminique C en situation de stress est bien établie, le stress induisant une chute importante de l'ascorbémie ; la posologie optimale dans un tel cas se situerait à 0,25 milligrammes d'acide ascorbique par kcal EM consommé.
Le Bêta-carotène
Lee bêta-carotène possède une activité antioxydante totalement indépendante de son rôle provitaminique A. C'est d'ailleurs son rôle majeur chez le chat, espèce animale incapable de le reconvertir en vitamine A. Le bêta-carotène agit en désactivant l'oxygène singlet et possède la propriété de piéger les radicaux peroxydes. Son efficacité antioxydante a également été démontrée mors de processus ischémiques. Les mécanismes d'action précis demeurent néanmoins encore mal connus, tout comme les doses quotidiennes optimales.
Autres composés anti-oxydants
Si les enzymes antioxydantes (l'U.M.E.S. travaille actuellement sur l'intérêt d'une super oxyde dismutase S.O.D.- vectorisée extraite du melon qui semblerait efficace de 10 à 20 mg/kg de poids corporel), l'alphato-cophérol, l'acide ascorbique et le bêta- carotène constituent les moyens de défense les plus efficaces de l'organisme contre le stress oxydatif cellulaire, certaines petites molécules, certes pour la plupart non directement liées à l'alimentation, disposent également d'un potentiel anti-oxydant. Les ubiquinols sont les formes réduites de transporteurs d'électrons de la chaîne respiratoire ; il a été montré que la présence de substrats respiratoires favorisait la lutte contre la peroxydation des membranes mitochondriales en maintenant un fort taux d'ubiquinone sous forme réduite. Les ubiquinols ne désactiveraient pas directement les radicaux lipidiques comme le fait l'alphato-cophérol mais participeraient à la régénération de ce dernier présent dans les membranes mitochondriales au même titre que l'acide ascorbique.
L'acide urique est hydrosoluble et possède des propriétés antioxydantes importantes. Il piège efficacement de très nombreux types de radicaux hydrosolubles en se dégradant de façon irréversible.
Les anti-oxydants nutritionnels constituent donc, on le voit, une approche à la fois nouvelle et efficace de la prévention et de la lutte contre les effets du stress chez le chien. Il est intéressant de noter qu'ils trouvent également une application importante pour augmenter l'espérance de vie du chien en combattant les phénomènes de vieillissement cellulaire (gériatrie), ou des affections pathologiques telles la prolifération tumorale, la cataracte, ou les maladies cardiovasculaires.
Déshydratation et conséquences hydroélectriques
La déshydratation constitue un des problèmes majeurs dès lors que l'on évoque le chien de sport, ce d'autant plus qu'elle modifie l'équilibre ionique et la balance acido-basique de l'animal, accroissant ainsi las risques de rhabdomyolyse, de collapsus ou de syndrome tétaniforme post-effort.
Chez le Greyhound de course, les récents travaux de Blythe mettent en évidence des éléments intéressants. Dans les courses américaines, une variation de poids supérieure à 1 kilogramme par rapport au poids annoncé, lors de la pesée du chien qui précède chaque course, entraîne l'élimination de l'animal de la compétition. Ce faisant, les chiens qualifiés sont ensuite maintenus en chenil commun, sans abreuvement possible (pour prévenir les risques de dopage), jusqu'au moment de la course. Cette période dure de deux à six heures, les chiens étant pesés à nouveau vingt minutes avant la course ; lorsque la perte de poids entre les deux pesées évoquées dépasse 1,5 kilogramme, le vétérinaire de course est appelé et autorise ou non l'animal a participer à la compétition. Les pertes urinaires et salivaires d'eau liées au stress que provoque cette attente sont des causes de déperdition hydrique importante avant l'effort. A ce stade, 5% des chiens présentent une déshydratation supérieure à 2,4%, sans pour autant que leurs performances en souffrent. L'auteur en conclut qu'en raison de la « répétabilité » de ces facteurs de déshydratation bien connus, du fait qu'il existe une nette corrélation entre le temps d'attente en chenil avant la course et le taux de déshydratation, et l'atteinte systématique des mêmes chiens, ces derniers devraient être identifiés et ne participer qu'aux cinq premières compétitions d'une même réunion de course, afin de réduire leur attente en chenil. Une telle réglementation qui établit l'interdiction d'abreuver les chiens met en relief le mauvais côté des règlements anti-dopages dont la rigueur confine à la stupidité. L'objectif de ces derniers est pourtant le respect de l'animal…Si le réel impact de la déshydratation extracellulaire n'est pas encore clairement défini lors d'efforts brefs et intenses chez le chien, il n'en demeure pas moins que des modifications importantes sont observées après effort :
- augmentation de la natrémie, corrélée à l'hyperlactacidémie ;
- chute de la kaliémie et des bicarbonnates ;
- baisse constante de la magnésémie ;
- retour à la normalité après deux heures de récupération.
Le besoin réel en potassium dépend de deux facteurs essentiels : le statut potassique préalable de l'organisme de l'athlète et les déperditions induites par l'effort. D'anciens travaux font état d'une augmentation des concentrations musculaires en potassium chez l'animal entraîné ; il apparaît ainsi que, chez les sujets convenablement entraînés, la teneur en potassium des masses non grasses de l'organisme est notablement plus élevée que chez des sujets plus sédentaires. Dès lors, des plans d'entraînement courts conduisent à une augmentation du potassium total de l'organisme, mais ce phénomène semble dû à une élévation de la masse corporelle relative. Il en résulte que l'athlète à l'entraînement requiert un apport alimentaire rehaussé en potassium afin de couvrir une demande accrue liée aux augmentations de la masse musculaire et de la concentration potassique intramusculaire.
Quoi qu'il en soit, l'hypokaliémie peut aussi résulter de pertes digestives lors de diarrhées de stress, d'ingérés sodés trop importants ou d'exercices conduits sous trop forte chaleur. Il pourrait en résulter une élévation de l'excitabilité musculaire et cardiaque, des fuites en enzymes intracellulaires, voire des extrasystoles supra ventriculaires, le tout amenant à une baisse de performance notable.
Il apparaît donc clair que la mise en œuvre d'une supplémentation en potassium est nécessaire chez le chien de sport, celle-ci devant passer par l'aliment complet.
Le magnésium est un cation responsable de l'activation de quelque 300 systèmes enzymatiques. Il joue en particulier le rôle d'activateur au niveau membranaire de la Na-K-ATPase, laquelle fait fonctionner la pompe à sodium et permet l'entrée du potassium dans la cellule.
Il a été fait état d'une augmentation en magnésium cellulaire chez l'animal entraîné. Les modifications touchant la magnésémie durant l'activité physique dépendent quant à elles essentiellement de la durée de l'effort. Un exercice physique bref (course de lévriers) conduit à une augmentation significative de la magnésémie (de 10 à 20%, sans doute en relation avec l'élévation de l'hématocrite), tandis qu'un effort de longue durée, quelle qu'en soit la nature (chasse, traîneau…), s'accompagne d'une chute de la magésémie de 2 à 5 mg/l. Cette dernière se révèle physiologiquement d'autant plus importante qu'elle affecte la fraction libre du magnésium plasmatique, laquelle concerne environ 65% du magnésium circulant total.
Là encore, un relèvement des niveaux d'apports alimentaires en magnésium apparaît chez le chien de sport, cela d'autant plus que l'élévation du taux de matières grasses de la ration affecte la digestibilité de cet élément minéral.
La majorité des cas de déshydratation et de perturbations électrolytiques observés chez le chien de sport résultent d'un abreuvement insuffisant (lors d'un effort long, le besoin hydrique est multiplié par deux ou trois), du stress, ou de modifications induites du métabolisme minéral.
Adaptations minérales et vitaminiques nécessaires
Concernant les minéraux, il apparaît nécessaire de différencier les approches concernant l'effort court et l'effort long, et de prendre en compte le format du chien en cause.
Ainsi, le calcium doit voir ses apports légèrement accrus chez le chien pratiquant un effort bref ou de durée moyenne, afin de prévenir les douleurs articulaires et les processus ostéofibrotiques fréquents chez le chien de sport ; néanmoins, il reste nécessaire dans ce cas de s'en tenir à des formes strictes, afin de ne pas accroître les risques d'ostéochondrose.
Par ailleurs, les régimes riches en graisses mis en œuvres chez les chiens faisant des efforts longs peuvent stimuler les pertes fécales en calcium et en magnésium (formation de savons). Il apparaît donc nécessaire d'établir une relation entre la teneur en matières grasses de la ration et sa teneur en calcium.
Concernant le magnésium, nous en avions envisagé les modifications plasmiques à l'effort, et conçu que sa concentration devait augmenter dans l'aliment, en particulier lorsque celui-ci est enrichi en graisses. Chez le chien de sport, une déficience chronique en magnésium se solde par les éléments suivants :
- diminution de l'endurance et de la résistance ;
- moindre accoutumance à la chaleur et au froid ;
- perte de motivation ;
- modifications de l'excitabilité neuromusculaire ;
- asthénie associée à des crampes ;
- laxité ligamentaire.
Le chlorure de sodium doit quant à lui rester limité dans ses apports, le chien ne transpirant que très peu via les espaces interdigités. La surconsommation de sel, basée sur l'utilisation de recommandations humaines ou équines, induit aisément une polyuro-polydipsie. En climat chaud ou très froid, il peut en résulter déshydratation extracellulaire et collapsus. Des diarrhées peuvent également survenir lorsque l'on utilise des solutions électrolytiques destinées au cheval (fréquent dans le monde du sport canin).
L'ensemble des oligo-éléments, sans entrer dans les détails, sera apporté en proportion double par rapport à l'entretien.
On prêtera une attention particulière aux oligo-éléments suivants :
- le fer, qui contribuera à prévenir les processus anémiques, signalons à ce niveau qu'il est important d'éviter tout excès de fer pour des raisons strictement digestives, les sels de fer étant fréquemment responsables de l'aspect hémorragique des diarrhées de stress et des saignements rectaux ;
- le cuivre, qui peut lui aussi contribuer à prévenir certaines anémies, améliore la solidité de la trame osseuse et des cartilages ;
- l'iode, qui active la fonction thyroïdienne et peut contribuer à prévenir les myodystrophies ;
- le sélénium, qui maintient l'intégrité de la cellule musculaire en association avec la vitamine E.
Concernant les vitamines, enfin, deux aspects
doivent là encore être distingués : la préparation
biologique à long terme, et une sorte de « dopage
» souvent pratiqué au moment de la course. Permettons-nous
d'emblée d'établir que si la première condition
est parfaitement remplie, le surdosage vitaminique dans les jours
ou les heures qui précèdent une compétition
n'offre que peu ou pas d'intérêt. Les vitamines C,
B, et E sont les seules dont l'intérêt est démontré
chez le chien de sport.
Un certain nombre de données scientifiques apparaissent
maintenant clairement établies concernant les spécificités
nutritionnelles du chien de sport. Elles peuvent sembler démesurées
à l'utilisateur, mais constituent l'une des clés
de la réussite en compétition et dans le travail
opérationnel, dans un domaine d'activité sans cesse
en développement.
Professeur Dominique Grandjean
Unité de Médecine de l'Elevage et du Sport
Ecole Nationale Vétérinaire d'Alfort
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